Lionel Herphelin, le bûcheron de la mer

13/3/2018

Pour notre deuxième épisode de notre série sur les artisans de la glisse, rendez-vous sous le soleil de Guadeloupe. Dans cette terre lointaine et pourtant si proche, Lionel Herphelin nous présente son atelier à ciel ouvert.

 

 

Installé à Morne-à-l'Eau (en créole Mònalo), Lionel a créé son atelier "Le bûcheron de la Mer" pour vivre de ses deux passions: la mer et le bois. Ici, dans cette terre longée par la mangrove, il imagine et fabrique des planchettes à main qui offrent aux bodysurfers un accessoire précieux pour prendre la vague sans planche, mais avec le corps. Une façon de se rapprocher des éléments et aussi  un moyen de donner du sens à un sport qu'il aime énormément tout en étant un style de vie! Le bois ne le quitte jamais. Entretien...

 

The Frenchip: Parlez-nous de votre parcours.

 

 

Lionel Herphelin: Je suis né dans le Nord de la France, sur la frontière belge, bien loin de l’océan ! Depuis mon plus jeune âge, je suis attiré par le bois, les arbres et la forêt. C’est naturellement que mon parcours scolaire s’est orienté vers la filière forestière. En 2000 j’obtiens mon BTS.  Les grosses tempêtes de fin 1999 aidant, je rentre directement dans la vie active, je suis technicien forestier et je vis à fond ma passion.

 

Mon père ayant beaucoup voyagé pour son travail, j’ai moi aussi quelques envies. Je commence par un premier voyage en Guadeloupe pendant mon BTS, un stage très sympathique entre mer caraïbe et forêt tropicale. Le surf et le bodysurf s’invitent dans ma vie. Depuis ce premier voyage, j’ai toujours essayé de regrouper mes passions.

 

Ma vie professionnelle me ramène en Guadeloupe un peu plus tard avec ma femme. Puis, nous travaillons dans les Landes, la Corrèze et la Bretagne pendant 10 ans où je deviens papa de deux petites filles, mes premières fans !

 

 

 

De la forêt, à l’arbre… mon arrivée en Bretagne me fait changer de profession, je deviens élagueur grimpeur, puis technicien arboriste dans le Morbihan.  Ce métier me donne accès à une grande quantité de bois mal valorisé. Je commence à sculpter, faire des recherches sur le travail du bois et le design…En parallèle de mon métier, je passe le plus de temps possible dans les vagues, en surf et en bodysurf. Je deviens accro aux vagues Bretonnes !

 

J’ai toujours aimé rencontrer les gens, certaines rencontres influencent votre vie sentimentale, professionnelle, culturelle … c’est la rencontre de Mathieu Lodin qui va être à l’initiative des premières planchettes pour le bodysurf. J’ai le bois et quelques machines !  Lui, le goût du design et des beaux objets.  Il me demande un handplane on est en 2013, nous réalisons 3 planchettes ce jour là, je suis bien loin d’imaginer la suite.

 

De l’arbre, au bout de bois…suite à cette première expérience, je me passionne pour ce petit accessoire permettant de faciliter le départ dans les vagues en bodysurf et faire durer plus longtemps la glisse. Ce petit bout de bois me permet de regrouper toutes mes passions !

 

Et là encore de belles rencontres me permettent de fabriquer de plus en plus de planchettes, de les améliorer, les perfectionner…  je décide donc en 2016 de devenir micro entrepreneur, en plus de mon travail. Le bûcheron de la mer vient de naître. J’en suis à plus de 200 planches avant notre arrivée en Guadeloupe, c’est ici que je décide de me lancer à 100 %.

 

 

 

 

Parlez-nous un peu du bodysurf

 

 

Le bodysurf est la discipline la plus épurée du monde du surf : elle se pratique avec son corps, et la vague. C’est le fait de surfer les vagues avec votre corps.

 

Le pratiquant se laisse porter en position allongée par la vague, et se dirige avec son corps. Depuis plusieurs années, les pratiquants utilisent une paire de palmes, seul accessoire devenu vraiment indispensable. On peut également le pratiquer avec un handplane que l'on met sous une main, afin de se surélever par rapport à la vague, et donc de glisser plus facilement. »

 

 

 

 

D’où tirez-vous vos inspirations ? décrivez un peu votre univers…Ce qui vous touche

 

Pour décorer mes planches, mes inspirations sont très maritimes. Je trouve mon inspiration dans les ports de pêches, les vieux bateaux de courses des années 70 ou les vieux bateaux de pêche, les phares…mais aussi en regardant les sites de design et de déco. J’aime mélanger différents univers, différentes périodes, je peux trouver des idées en regardant un vieux combi Volkvagen, une vielle étiquette publicitaire ou un créateur de vêtements marins.

 

 

 

 

Pour ce qui concerne le côté technique des planchettes, après m’être inspiré des handplanes californiens, j’ai créé mes propres formes, grâce aux échanges avec mes testeurs, clients et mes propres expériences; mais aussi en étudiant le travail des shapeurs de surf du monde entier, surtout les shapeurs expérimentaux.

Bien sûr tout dépend du bout de bois que je vais utiliser, de l’essence de bois, des nœuds, de la forme des fibres… certains parlent de défaut du bois, moi je préfère parler de particularités. J’aime mettre en évidence chaque variation du bois, soit par la forme de la planchette ou grâce à une décoration spéciale mettant en valeur une particularité du bois.

 

 

 

 

Pourquoi la Guadeloupe, c’est inattendu en matière de surf ?

 

 

La Guadeloupe, c’est une belle histoire pour nous. C’est une opportunité suite à la mutation de mon épouse qui nous a ramené ici. Nous avons eu envie de partager cette belle expérience en famille, car cette fois nous sommes 4. Elever nos enfants ici quelque temps est vraiment incroyable, l’été sans fin !

Partager la vie antillaise, les balades en forêts sur Basse Terre, la chaleur de l’océan et la mer des caraïbes… Pour nos filles c’est une façon incroyable de leur ouvrir l’esprit, découvrir une autre façon de vivre.

Coté surf, c’est pour moi c’est le plaisir de bodysurfer des vagues magnifiques, comme à Port Louis…

 

 

 

Qui sont vos clients?

 

Mes clients ont entre 20 et 50 ans, hommes ou femmes pratiquants déjà un ou plusieurs sports de glisse, surf  et paddle principalement. Mais il y a aussi des nageurs en eaux librse, des anciens bodyboardeurs et  surtout des sauveteurs côtiers.

L’ensemble de ces personnes s’appellent des watermen  « ce terme désigne généralement un surfeur qui pratique plusieurs activités nautiques, tels que la natation, le shortboard, le longboard, le SUP, le wind surf, la pirogue, la pêche sous-marine ou encore le body surf. »

J’ai aussi des clients tout simplement fan de l’objet en lui-même, ils l’utilisent en décoration, pour ajouter un esprit plage, surf ou californien à leur décoration de maison ou de boutique.

 

Pour commercialiser mes planches, je vends en direct une partie de ma production. Les clients me contactent via les réseaux sociaux, ou en me voyant directement.

 

Depuis fin décembre 2017, un magasin en ligne est en place ! Nous avons voulu créer un espace représentant mon univers, un site de vente, mais aussi un endroit dédié au bodysurf. C’est une grande fierté pour moi !

 

 

 

Le gros avantage de ce type de planchettes, c’est que qu'elles sont faciles à expédier partout ! j’ai la chance d’avoir des clients en Australie, Nouvelle Zélande, Tahiti, Hawaii … De plus mes planchettes voyagent partout: Maroc, Mentawai, Peru, Costa Rica, Portugal…

Je touche une clientèle mondiale ! C’est super motivant !

 

 

 

Le bois occupe une place centrale dans votre activité. Quelle est votre relation à la matière ?

 

 

Ce qui me touche le plus dans mon métier c’est de valoriser le bois d’un arbre qui a été abattu, lui donner une seconde vie !

Cela commence chez le scieur, quand je sélectionne ma matière première, je retrouve les bases de ma formation de forestier. Cela me procure la même émotion depuis mon enfance…l’odeur du bois scié, le toucher du bois brut, tourner la planche dans tous les sens… discuter avec le bûcheron, charger chaque planche comme un trésor et les amener dans mon atelier. Puis vient le moment du positionnement de mes gabarits sur les planches brutes avant de faire la première découpe et ensuite d’attaquer le travail de mise en forme de planchettes.

Une espèce d’arbre en particulier et son bois magnifique, le cyprès de Lambert m’inspire. C’est un bois parfait pour mes réalisations, à la fois techniquement et esthétiquement …

 

 

Ici en Guadeloupe, je travaille principalement de l’acajou, du poirier pays, du Mahogany… L’acajou est un bois qui dégage des odeurs puissantes, parfois proches du miel sauvage et des variantes de couleurs allant du rouge au rose. J’aime travailler les morceaux les plus noueux, pour faire ressortir toute la richesse visuelle de ce type de bois.

 

 

 

Au delà de votre métier, quel message souhaitez-vous faire passer avec votre démarche ?

 

Pour mes planchettes j’essaie d’être au maximum eco-responsable, même si ce n’est pas simple. J’ai encore des choses à améliorer, mais j’y travaille !

 

 

 

« Quand tu passes beaucoup de temps dans l’eau, ici en Gwada ou ailleurs, tu as forcément des coups de gueules, des choses à hurler même »

 

 

Les océans ne sont vraiment pas en forme, parlons simplement de la pollution visible ! Les déchets en tout genre, les bouteilles, les particules de sacs plastiques présentent dans l’eau, les résidus de l’industrie de la pêche…  des dizaines d’années que l’on nous dit de faire attention, l’océan n’est pas une poubelle, etc.… chaque génération a son lot de défenseurs des océans : le commandant Cousteau, Nicolas Hulot,… mais rien ne change !  Combien de personnes vraiment concernées par ces types de problèmes ? Qui ramasse ne serait-ce qu’un déchet en repartant de la plage après y avoir passé un bon moment, un geste simple pourtant ? C’est un constat amer, mais réaliste.

 

Avec ma petite entreprise je donne un peu pour soutenir SEASHEPERD, j’aime l’engagement de cette association sur différents fronts!

 

Le Bucheron de la mer

Villa Cornélie, Jabrun Nord
97111 Morne à l'eau
Guadeloupe - France

www.lebucherondelamer.com

Instagram: @lebucherondelamer

 

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